Pour une cohabitation avec les pigeons

February 1, 2018

L’association AERHO a été créée il y a maintenant 15 ans, l’interview de deux de ses fondateurs permet de comprendre les raisons de cette création, l’évolution des représentations concernant les pigeons et aussi de proposer des axes pour une cohabitation harmonieuse avec les pigeons en ville.

 

Dans quel contexte avez-vous créé l’association AERHO et quelles ont été vos motivations personnelles ?  
Catherine Dehay: Ayant grandi à Montreuil, j’ai toujours vu des pigeons et des personnes qui les nourrissaient. Plus tard, il y a eu la rencontre avec une élue de Fontenay-sous-Bois avec laquelle je partageais beaucoup de convictions sur la place des animaux en ville. Elle avait fait implanter des pigeonniers dès 1998, mais n’était pas satisfaite du résultat. Dès 2003, elle m’a poussée à m’intéresser à la question. 
Didier Lapostre: A l’époque où j’étais un des dirigeants de la SPA (jusqu’en 2002), sur le logo il y avait un chien, un chat et un pigeon. Mais dans les faits, nous étions surtout impliqués dans la protection des chiens et des chats. Lorsque j’ai quitté la SPA, nous nous sommes retrouvés avec Catherine et quelques autres personnes et nous faisions le même constat : si la protection des chiens et des chats avait progressé, il n’en était pas de même pour les pigeons. 
Catherine Dehay: Peu de personnes s’intéressaient alors aux pigeons. Les élus et services des villes étaient souvent désarmés et faisaient des captures à but d’euthanasie, sans résultat. De leur côté, les protecteurs étaient dispersés. Seule une association s’occupait de la cause des pigeons, la SPOV .
Didier Lapostre: Du côté des scientifiques, naturalistes et environnementalistes les pigeons étaient considérés comme des animaux « hybrides », domestiqués puis retournés à l’état sauvage. En conséquence, les pigeons n’appartenaient pas à la biodiversité. Et en France, peu d’études scientifiques étaient réalisés sur le pigeon en ville.  
Catherine Dehay: Partant du constat que les pigeons étaient mis au ban de la société, accusés de transmettre des maladies, d’être des rats-volants, nous nous sommes fixés l’objectif de redonner une place à cet oiseau. Nous avons alors créé une structure de type cabinet conseil associatif en direction, entre autres, des collectivités territoriales. De suite la demande a été forte à Fontenay-sous-Bois, Paris, Pantin, etc…  

 

Quel bilan tirez-vous de ces 15 années d’existence d’AERHO ?
Didier Lapostre: En premier lieu, grâce à nos études de terrain, nos villes partenaires comprennent la complexité de la relation de l’homme avec les pigeons. Autre point positif, les acteurs institutionnels, villes et bailleurs, mais aussi les scientifiques sont de plus en plus intéressés à trouver d’autres solutions que l’éradication des pigeons. Pour preuve, le groupement constitué de scientifiques et environnementalistes constitué de 2007 à 2011, sous l’égide du Conseil régional Île-de-France et l’ANR . Les travaux réalisés ont permis une meilleure connaissance de cet animal et de ses relations avec les hommes  . 
Si dans de nombreuses villes, le pigeon est encore traité par le service d’hygiène, d’autres villes le considèrent comme un élément de la biodiversité à part entière, à l’instar des scientifiques et naturalistes.

Comptage et baguage des pigeons au pigeonnier de Fontenay sous bois


Catherine Dehay: Nous avons aussi réussi à faire comprendre qu’il n’existe pas une réponse miracle, capture ou pigeonnier. Pour réduire les nuisances, il faut tout à la fois prendre en compte les relations établies entre ces animaux et certains humains, et mettre en œuvre un plan d’actions nécessitant un ensemble de mesures adaptées au cas par cas. 
Nos préconisations n’engagent pas d’importants budgets mais elles marquent un changement d’habitudes et vont bien au-delà de l’implantation d’un pigeonnier ou de moyens répulsifs. Elles intègrent la nécessité d’entrer en relation avec toutes les parties concernées.
Dans le registre des faiblesses rencontrées, nous constatons une difficulté objective pour les villes à mettre en œuvre ce plan d’actions : difficultés à mobiliser plusieurs services, à trouver un référent coordonnant les actions et à inscrire ce plan dans du long terme.

Didier Lapostre: La seconde faiblesse concerne les relations à établir avec les nourrisseurs, tellement marginalisés, vilipendés qu’il est difficile de les convaincre de modifier leurs habitudes et de trouver les bonnes pratiques afin de réduire les nuisances.

 

Vous avez mené plus d’une trentaine d’études, dont une étude de plus de huit mois sur Paris, quels enseignements et évolutions pouvez-vous en tirer aujourd’hui ?
Catherine Dehay: Ces 35 études couvrent une population humaine de près de 4 millions d’habitants ; allant d’une grande ville comme Paris à des localités de moins de 3 000 habitants ; majoritairement localisées en Ile de France. Au total, nous avons dû observer plus de 60 000 pigeons. 
Didier Lapostre: Sans être exhaustif, nous pouvons ici présenter certains enseignements :
- la présence des pigeons n’est jamais uniforme au sein d’une ville. Ce sont plutôt des quartiers avec des cités où l’on observe un nombre important de pigeons. 
- avec la suppression de friches immobilières (greniers, vieux bâtiments, terrains vagues), les populations de pigeons ont été déstabilisées.
- S’il y a moins de grands rassemblements de pigeons, la dispersion de quelques pigeons sur des balcons génèrent de vraies nuisances. 
- depuis quelques années, la demande des villes et des bailleurs concerne non seulement les pigeons, mais s’est élargie aux pigeons ramiers, corneilles et autres mouettes et goélands. 

 

Concernant la question du nombre de pigeons dans les villes et leur prolifération exponentielle, quelle est votre analyse ?
Didier Lapostre: Avant nos études, aucun comptage de terrain précis et contrôlable n’avait été effectué concernant les pigeons bisets. Les évaluations fantaisistes avaient pour conséquence d’être alarmistes, justifiant le plus souvent des captures à but d’euthanasie. Ainsi, une ville annonçait une surpopulation de pigeons. Nous réalisons des comptages en présence de responsables de la ville.  Résultat : 2 000 pigeons au lieu des 8 000 précédemment annoncés. Prenons l’exemple de Paris. Le chiffre de 80 à 100 000 pigeons était inscrit dans le marbre depuis une soixantaine d’années et associé aux mots prolifération et fléau. Nos derniers comptages de 2017 indiquent 23 000 pigeons !
Catherine Dehay: Nous avons le recul de 10 à 15 ans d’observations pour dire qu’il n’y a pas d’augmentation du nombre de pigeons. Mais cela ne signifie pas pour autant moins de nuisances.
La polarisation médiatique sur le nombre de pigeons empêche toute réflexion sur le nombre de sites ayant une présence de pigeons. De façon schématique, moins de 30% de ces sites connaissent des nuisances. En disant cela, nous pouvons mieux cerner les problèmes et de ce fait, intervenir de manière précise pour régler les nuisances avérées.

Pigeonnier du 17ème arrondissement de Paris

 

Quelles perspectives pour l’avenir ?
Catherine Dehay: Le projet associatif d’AERHO est de demeurer un cabinet conseil menant des actions/recherches. Partant du concept d’écologie de la réconciliation défini par Rosenzweig , nous proposons aux villes un mode de gestion éthique, durable et raisonnée des pigeons et plus largement, des oiseaux en ville. 
Notre premier objectif est de sensibiliser l’ensemble des acteurs : les institutionnels, les plaignants et les nourrisseurs, et de contribuer à établir des liens entre eux. Il ne peut y avoir de solution aux problèmes rencontrés sans médiation. 

Didier Lapostre: Autre objectif : la transmission de notre expérience et de notre expertise. Nous avons commencé un travail avec des associations telles que la LPO, la FRAPNA et des associations locales de lien social. 
Nous avons élaboré une boite à outils que nous mettons à la disposition des collectivités territoriales et des associations. Le contenu de cette boite à outils se résume ainsi :  
•    Une phase d’analyse de la situation qui nécessite une présence sur le terrain et la collecte de données objectives : comptages des pigeons et des sites de présence, évaluation des nuisances, etc. 
•    Une phase de préconisations comprenant généralement, un ensemble de mesures concrètes : fermeture de sites de nidification, création de pigeonniers, etc.  
•    Une méthodologie de médiation : comment intervenir auprès des plaignants, auprès des nourrisseurs et tisser des liens de confiance avec eux.

Catherine Dehay: Ce n’est pas le pigeon en tant qu’espèce qui pose problème mais les salissures résultant de sa présence. Il faut donc l’organiser et pour cela, dégager des compétences et transmettre des savoir-faire. Nous proposons une nouvelle perception de la place des pigeons en ville, vers une vie urbaine apaisée où la nature et les êtres vivants dans leur diversité y ont toute leur place.
 

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